Côte-d’Ivoire: « La division » au sein du parti de Gbagbo est « un échec collectif » de ses militants (interview Navigué)

 

 

Serge Alain KOFFI

Le responsable de la jeunesse du Front populaire ivoirien (FPI, opposition) Navigué Konaté, a affirmé dimanche que les dissensions au sein de son parti sont le résultat d’ »un échec collectif », estimant toutefois que de nombreux militants de la base « sont prêts pour la réconciliation », dans une interview à ALERTE INFO.

Selon vous, quelle est la raison de votre échec chez vous à Kouto, lors des dernières élections législatives, face au ministre Bruno Koné ?

L’échec est lié à l’adversaire en présence. Et cet adversaire-là, n’était pas seulement le ministre Koné Bruno, il y avait tout l’Etat de Côte d’Ivoire. Le président de la République Alassane Ouattara est même allé à Kouto pour soutenir son poulain. Le Premier ministre Amadou Gon y est allé aussi tout comme le ministre Hamed Bakayoko. Je pense que cela suffisait pour que je perde. Mais c’est avec fierté que j’ai engagé cette bataille. Et j’ai fait ce que je pouvais.

Vous aviez pourtant bénéficié du soutien du Front populaire ivoirien (FPI) qui reste un grand parti…

Oui, j’ai eu le soutien du FPI. Mais vous savez qu’au nord du pays, le FPI n’est pas comme à l’ouest de la Côte d’Ivoire. J’ai fait ce que je pouvais faire. Et en plus, chez nous, les gens suivent plus les personnalités que les appareils politiques.

Cela va faire bientôt 20 ans que vous êtes secrétaire national à la jeunesse du FPI. A 40 ans révolus, quand allez-vous passer la main ?

Si le parti décide dès demain, je suis prêt à passer la main. Je suis fatigué et je ne suis plus jeune. Ce sont les différentes crises au sein du parti qui font que je suis encore à ce poste. Mais remarquez que vous me voyez de plus en plus avec les ainés et de moins en moins avec les jeunes. J’attends juste que la situation se décante. J’ai été élu à un congrès et c’est à un autre congrès que je dois passer la main. Or, l’organisation de ce congrès ne dépend pas que de moi. Si cela dépendait de moi, je l’aurais fait dès mon retour d’exil.

Entretenez-vous encore des rapports avec les autres membres de l’alliance des Jeunes patriotes, notamment Thierry Légré, Jean Yves Dibopieu, Richard Dacoury, Serge Kassy et Charles Blé Goudé ?

Jean Yves Dibopieu on se voit. Mais pour les autres qui sont hors du pays, j’ai été quelques rares fois, en connexion avec Serge Kassy, une ou deux fois. Thierry, nous étions à Accra ensemble. Mais depuis son départ d’Accra, je n’ai plus de contact avec Richard Dacoury. J’espère qu’ils vont revenir pour qu’on continue le combat.

Est-ce que vous envisagez une visite à Charles Blé Goudé à la Haye ? Et à Gbagbo ? Si oui, à quand cette visite ?

Bien sûr que j’envisage une visite, mais cela ne dépend pas que de moi. Je suis rentré d’exil et je suis encore sous le coup d’un mandat d’arrêt. Cela m’a été signifié à mon retour et beaucoup ne le savent pas. Depuis, je suis en train de me débattre avec la justice pour régler ce problème.

Il y a trois ans, lors de la dernière interview que vous aviez accordée à ALERTE INFO (en septembre 2014), vous affirmiez que votre parti, le FPI, était en train de sortir de sa crise interne. Depuis, le parti continu de se déchirer dans des querelles qui n’en finissent plus. Comment entrevoyez-vous son issue ?

J’avais au départ minimisé cette crise. Je pensais qu’elle serait passagère comme la crise que le FPI a connue lorsqu’il y avait eu la création du courant FPI Renaissance. Mais celle-là, j’avoue qu’elle a été plus sérieuse et plus profonde. Donc, elle prendra certainement un peu plus de temps que je l’avais prévu. Mais aujourd’hui, tout le monde parle d’unité. Vous savez que le président Laurent Gbagbo lui-même, a décidé de prendre les choses en main. Il a lancé des messages d’unité que nous essayons de propager.

Le Premier ministre Pascal Affi N’guessan multiplie les appels à la réconciliation qui restent pourtant sans écho dans le camp d’en face

Ce n’est pas par un coup de baguette magique qu’on résout ce genre de crise. C’est un processus. Il a lancé l’appel à ses camarades d’en face. Et l’appel n’a pas encore été entendu par le sommet, mais vous ne pouvez en dire autant de la base. C’est chaque jour qu’on se rencontre et beaucoup à la base sont prêts pour la réconciliation. Soro Kéléfoha qui avait lancé l’appel de Mama a lui aussi lancé un autre appel à l’unité. Des fédéraux qui étaient dans la dissidence sont en train de rencontrer nos fédéraux. Il y a un travail qui est en train de se faire. Si le sommet traîne, la base peut imposer le rythme de réconciliation.

Est-ce qu’il y a aujourd’hui des contacts entre les deux directions ?
Il y a des gens qui travaillent à cela. Il y a des médiateurs que je ne veux pas citer. Parmi eux, il y a des autorités morales de ce pays et étrangères. Mais en attendant, ce sont les bases qui se rencontrent.

Avez-vous des contacts avec votre alter-ego Justin Koua, récemment libéré de prison ?
Le problème du côté de Sangaré, c’est qu’ils ont tous peur de se voir traiter de traîtres. Ils hésitent à nous rencontrer. Même quand j’ai voulu lui rendre visite en prison, il n’a pas voulu parce que je pense qu’il a eu peur que les gens lui reprochent de m’avoir reçu. Il faut une dose de courage pour aller à la réconciliation et pour prendre le pouvoir en 2020. Or, beaucoup parmi eux, sont d’accord sur le principe d’aller à l’unité dans le parti. Mais les qu’en dira-t-on est devenu un obstacle sérieux. Je les invite à franchir le Rubicon.

Après tout ce qu’on a entendu et vu dans cette crise, la réconciliation entre les deux camps est-elle encore possible ?
On est obligé d’aller à la réconciliation. Nous ne sommes plus dans le domaine du possible. C’est un fait qui s’impose à nous. Si nous voulons prendre le pouvoir en 2020 et si nous voulons que le président Laurent Gbagbo soit libéré, nous avons intérêt à nous unir. Dans la vie d’un homme politique, il y a ce qu’on appelle le bilan. Depuis que la crise a commencé, la division a créé plus de tords au parti qu’elle n’a été bénéfique. Donc, à partir de ce moment, un homme politique sérieux doit se dire qu’il faut changer de fusil d’épaule en allant à l’unité et laisser les egos de côté. Vous voyez le nombre d’Ivoiriens qui fondent leur espoir sur le FPI et qui aujourd’hui nous regardent avec une haine qui ne dit pas son nom. Le bilan est que la division a été un échec pour le Front populaire ivoirien.

Pour certaines personnes, le Premier ministre Pascal Affi N’guessan insiste pour l’unité parce qu’il a définitivement perdu la bataille pour le contrôle du parti…
Affi a simplement tiré les leçons de la division. Un homme politique doit être flexible. On s’est divisé sur une question de ligne. Certains estiment qu’il ne fallait pas engager des négociations avec le pouvoir, la France et les institutions internationales. Il ne fallait pas discuter, il fallait rompre. D’autres ont dit non, il faut discuter et privilégier la diplomatie avec l’ONU, l’Union européenne pour donner des chances au président Gbagbo de revenir. Le bilan, aujourd’hui, est que ceux qui ont dit qu’il fallait rompre avec tout, n’ont pas encore obtenu la libération du président Laurent Gbagbo, Ouattara également continue d’être au pouvoir, les Ivoiriens continuent de souffrir, donc c’est un échec. Ceux qui espéraient faire la négociation pour avancer, ont été paralysés et n’ont pas pu mener à bien ces négociations notamment au plan international. Le résultat, c’est qu’on a encore des prisonniers, Ouattara continue de gouverner, les Ivoiriens continuent de souffrir. C’est un échec collectif. Un homme qui est averti politiquement tire les leçons de cet échec. Et il dit : nous n’avons le droit de continuer. Il y a un temps pour tout. Le temps de la division est passé, il faut maintenant le temps de la réconciliation. Tel est le sens du message du président Pascal Affi N’guessan. Sinon sortir de prison, aller à une élection présidentielle un an après et avoir 9% n’est pas donné à tout le monde. Tous les observateurs politiques vous diront que c’est une prouesse. C’est parce qu’on était uni en 2010 qu’on a pu terminer en tête au premier tour, si on est désuni, on aura moins de chance de gagner même au second tour.

Si la réconciliation ne se faisait pas, le président Affi pourrait-il encore être candidat à la présidentielle de 2020 ?
La réconciliation ne peut pas ne pas se faire. Le sommet n’est pas plus important que la base dans le processus de réconciliation. Il y a un travail sérieux qui est en train de se faire dans les bases, dans les sections, qui va contraindre au bout du compte les deux directions à se mettre ensemble.

Après une récente visite à Laurent Gbagbo, son porte-parole Katinan Koné a rapporté que l’ex-chef de l’Etat recommande l’unité au FPI mais autour de Sangaré Aboudramane…
Ses propos ne peuvent pas être ceux du président Laurent Gbagbo. Ce n’est pas possible. Je vous explique pourquoi. Dans les traditions du Front populaire ivoirien depuis 1990, le président du parti est élu à un congrès. Donc, Gbagbo ne peut pas recommander l’unité autour d’une personne qui n’a jamais été élue président du parti. Le FPI n’est pas comme le RDR où une seule personne choisit le président. Ce n’est pas du Gbagbo. Demandez à Katinan, il vous le dira lui-même. Le disant, c’est comme si le FPI n’est pas une structure démocratique. Vous aurez remarqué que Katinan a dit plusieurs choses contradictoires. Gbagbo ne peut pas dire d’aller à l’unité sans conditions et préconiser d’aller à la réconciliation derrière une personne. Gbagbo que nous savons démocrate ne peut pas imposer un président ou un candidat à une élection au FPI.

Vous étiez fonctionnaire de l’Etat en poste au ministère de l’Intérieur avant la crise post-électorale, avez-vous été réintégré depuis votre retour d’exil ? Si non, que faites-vous maintenant ?
Je n’étais pas fonctionnaire du ministère de l’Intérieur. Je suis fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères depuis 2006. J’avais été détaché au ministère de l’Intérieur. Quand je suis revenu d’exil, on a engagé une procédure de réintégration à la Fonction publique et cela a été fait. Donc, je suis fonctionnaire des Affaires étrangères, mais sans poste actuellement.

SKO

Source: Connectionivoirienne.net

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